MARS EXPRESS *** 
En 2200, la Terre étant ravagée par la surpopulation, les plus riches se sont réfugiés à Noctis, une mégacité de la planète Mars désormais terraformée, où le capitalisme le plus débridé règne en maître sous le talon de fer de gigasociétés privées, ainsi de celle de Chris Royjacker, et où les robots ont remplacé les êtres de chair pour tous travaux. Dans ce décor qui pourrait représenter le rêve incarné d’un Elon Musk, deux détectives, l’humaine Aline Ruby et son partenaire androïde Carlos Rivera sont mandés pour retrouver une étudiante en cybernétique disparue, Jun Chow, qui elle-même a été témoins de l’assassinat de sa colocataire Pour quelle raison ? Mais l’enquête du duo va être contrariée par des tueurs qui cherchent aussi Jun Chow, témoin gênant, pour l’éliminer…
Premier long-métrage de SF intégralement français, Mars Express se signale d’abord par une animation fluide et une esthétique soignée due à un design ligne claire truffé de détails techno (voitures, architectures, objets, multitude de robots tous différents les uns des autres) où l’influence de Moebius est patente. Si les références sont multiples autant qu’assumées – Akira, Ghost in the Shell, ou encore Blade Runner pour l’insertion d’une intrigue polar dans un cadre SF – l’originalité tient au rapport vivants/non vivants puisqu’ici, contrairement à un archétype répandu, ce ne sont pas les robots qui se révoltent contre leurs créateurs mais l’inverse qui se produit, les humains, dépossédés de leur travail et donc réduits au chômage et à la misère voulant éliminer les machines – un thème également abordé dans The Creator de Gareth Edwards. Si l’on peut regretter un certain flou dans l’organisation du background de l’histoire, où c’est l’action qui a le premier mot avec poursuites et fusillades continues, tout amateur de SF se réjouira de voir illustrés maints stéréotypes enrichissant la thématique, comme ces fermes à cerveaux où des étudiants vendent leur mémoire, les prostituées synthétiques, la faculté de se créer des doubles ou la possibilité pour un mort de revivre dans un corps métallique, ce qui est le cas de l’androïde Carlos Rivera, véritable vedette du métrage avec sa tête humaine détachée de sa carcasse artificielle et dont l’humanité préservée le pousse jusqu’à aller prendre des nouvelles de sa fille auprès de sa «veuve». Au total malgré quelques réserves scénaristiques, une très bonne surprise.
Jean-Pierre ANDREVON

