***** CIVIL WAR : la critique de l’EF
U.S.A/Royaume-Uni. 2024. Réal. et scén.: Alex Garland. 1h49. Avec : Kirsten Dunst, Wagner Moura, Stephen McKinley Henderson, Cailee Spaeny, Jesse Plemons, Karl Glusman, Sonoya Mizuno 
Cette dystopie au rythme haletant, glaçante de bout en bout, est paradoxalement aussi un hymne à la vie qui célèbre l’éthique journalistique et les grands reporters de guerre. Mais c’est sans préambule que le film nous projette en plein chaos sur le continent américain «dans un futur proche» où le non-respect de la Constitution a viré au cauchemar. Alors que le président en place a violé la loi en se représentant pour un troisième mandat, un tandem de journalistes aguerris Lee Smith et Joel McCullin décide de braver émeutes et dangers pour couvrir le conflit et éventuellement obtenir une interview. Avec réticence ils embarquent avec eux Sammy, vétéran journaliste, doyen du groupe insistant, et Jessie, une jeune admiratrice de Lee, aussi entêtée et décidée qu’elle-même lorsqu’elle avait vingt ans
que Lee va prendre sous son aile. Le quatuor multi-générationnel prend donc la route de New York à Washington D.C., dans un contexte où chacun, hormis nos héros, semble armé jusqu’aux dents et prêt à tirer à vue sur qui se présente à lui. Ce n’est donc pas une menace extérieure qui ravage le mainland des États-Unis disloqués, mais comme le titre du film l’indique, une guerre civile qui fait écho de façon par trop réaliste au choc civilisationnel qu’a été dans la réalité l’assaut du Capitole le 6 janvier 2021. Pour autant, si les oppositions idéologiques et les violentes émeutes de l’actualité sont de toute évidence une source d’inspiration concernant le contexte fictionnel du film, le propos d’Alex Garland n’est pas tant de dresser un tableau anxiogène qui exacerbe la montée des extrêmes en confrontant les USA à ses propres démons. Le film se positionne avant tout pour défendre avec force ce qui reste le garant d’une saine démocratie : le droit à l’information fiable, objective, d’une presse libre et indépendante. Le réalisateur britannique brouille les pistes pour éviter le piège du manichéisme. Il imagine donc pour sa fiction une seconde guerre civile, comme l’avait fait Joe Dante avant lui sur le ton de la comédie, mais qui ici fait rage et oppose d’un côté les forces rebelles de l’Ouest qui rallient la Californie et le Texas rejointes par la Floride et soutenues par l’armée officielle, et de l’autre les milices gouvernementales du pouvoir fédéral. Dans ce marasme où tout le monde se ressemble et où chacun peine à identifier qui est un ennemi ou un allié (ce qui rajoute à l’absurdité de la situation), règne la loi de la jungle avec pour seul mot d’ordre de survivre. Kirsten Dunst fait un comeback triomphal dans ce rôle de reporter de guerre qui rappelle les grandes figures historiques du photojournalisme. La combinaison des choix artistiques (une image splendide signée Rob Hardy et la b.o. du musicien Geoff Barrow et du compositeur Ben Salisbury) et humains donne naissance à un film inspiré, road movie à l’action omniprésente et au suspense oppressant. La démesure y triomphe dans un final à la Scarface de Brian de Palma, dont le scénario était signé Oliver Stone. Ce n’est donc pas si étrange que par son réalisme exalté et romanesque, le film évoque également Salvador (1986), un des meilleurs films du réalisateur de Platoon, et qu’une filiation transparaisse entre ces fictions qui lorgnent vers le documentaire politique.
Quelou PARENTE

