
LA PLANÈTE DES SINGES : LE NOUVEAU ROYAUME
La Bête fait l’Homme *****
Kingdom of the Planet of the Apes. USA. 2024. Réal.: Wes Ball. Scén.: Josh Friedman, Rick Jaffa, Amanda Silver. Prod.: Wes Ball, Joe Hartwick Jr., Rick Jaffa, Amanda Silver, Jason Rees. Photo: Gyula Palos. Musique : John Pasano. Montage: Dirk Westervelt, Dan Zimmerman. Effets visuels: Camden Wright, Weta FX. 2h25 Avec : Owen Teague, Freya Alla, Peter Macon, Kevin Durand, William H. Macy. Dist.: The Walt Disney Compagny France.
Sortie: 8 MAI 2024.
Dans cette jungle impénétrable, quels sont ces hauts tumulus verdoyants ? Des bosquets d’arbres gigantesques ? Non, car on peut y distinguer, dans l’interstice des branches, des fragments de maçonnerie, des encadrements de fenêtres délabrées, tout ce qui subsiste de feu l’Empire des Hommes… Car, si 56 ans ont passé depuis le chef-d’œuvre de Franklin J. Schaffner et 7 depuis le dernier opus dû à Matt Reeves en 2017, nos cousins évolués sont toujours les maîtres de la planète dont ils ont hérité, où l’on pénètre par de longs travellings nous permettant de nous enfoncer dans une nature aussi resplendissante qu’inquiétante. Ne reste plus qu’à en aborder les habitants, en premier lieu une tribu arboricole de pacifiques chimpanzés, dont l’originalité est de vivre avec des aigles qui pèchent pour eux et dont la communication se fait avec le chant. Un peuple heureux, débarrassé de la lie humaine ? Non, car cette communauté est brusquement attaquée par les guerriers du Tyran Maximus Caesar, d’où massacre, incendie et survivants faits prisonnier, ne laissant au jeune Noa que la possibilité de fuir. Le film de 2h25 de Wess Ball le suivra dans les rencontres qu’il fait sur sa route, le sage orang Kara, rescapé de l’opus précédent ou l’humaine sauvage appelée Nova en référence au film de Schaffner, qui tisseront son destin au fil d’un parcours où l’action, paradoxalement rare, cède la place aux rapports entre espèces, l’approche, la difficile compréhension, et cette question emblématique : qui, d’eux ou de nous, sont les plus humains?
Inutile de revenir sur l’absolue perfection, grâce à la performance capture, des personnages simiesques aux expressions d’une vérité confondante, Owen Teague en Noa tout particulièrement, mais aussi le plus qu’humain Kara (Peter Macon), pour revenir sur le discours d’un métrage moins manichéen qu’on aurait pu croire, témoin cette scène où Nova, la convaincante Freya Allan (que son quasi retour à l’animalité n’empêche pas d’être vêtue d’un bustier ne laissant rien dépasser), étrangle un de ses frères humains passé à l’ennemi sous le regard consterné de Noa. Où le même, alors qu’il feuillette un vieil album pour enfants, découvrant des images de singes figurés systématiquement derrière des barreaux, alors que la légende voudrait que jadis, homme et singes aient vécu côte à côte. Après la défaite de Maximus, les aigles y étant pour quelque chose, la paix alors pourrait-elle tout de même s’installer entre les deux espèces ? Les brèves séquences terminales, quelque peu parachutées à vrai dire, laissent craindre que non, tout en devinant qu’elles annoncent une suite attendue, qu’on peut espérer aussi égale dans l’excellence que le présent opus.
Jean-Pierre ANDREVON

