Dispo en ce moment sur Netflix, « Rebecca », une version de 2020 (il en existe deux autres, dont une des années 70, avec Jeremy Brett)(ce qui en fait 4, au total). Le film est signé Ben Wheatley (« Kill List », « Touristes » et « En eaux très troubles », de 2023).
Tout le monde connaît la version de 1940 d’Hitchcock, adaptant le roman de Daphne du Maurier (sinon c’est une lacune à corriger !). Je rappelle le sujet de ce thriller psychologique teinté de mystère et d’une romance sombre : Une jeune mariée arrive dans le domaine familial imposant de son mari sur la côte anglaise balayée par le vent et se retrouve aux prises avec l’ombre de la première femme de celui-ci, Rebecca, dont l’héritage perdure dans la maison longtemps après sa mort…
Disons le tout de suite : j’ai beaucoup aimé cette version, et redécouvert avec plaisir cette histoire (un peu modifiée, mais pas trop). La première raison en est le casting : Lily James (qui avait joué « Cendrillon » en 2015) est parfaite dans le rôle de la timide et inexpérimentée Mrs. De Winter. Et Armie Hammer (qui campa un impeccable Lone Ranger dans la version de 2013) est tout aussi convainquant dans celui ambigu de Maxim de Winter l’heureux (et fortuné) époux. Avec en arrière plan, une impeccable Kristin Scott Thomas qui hérite du rôle de la maitresse des lieux, qui régente la propriété de Manderley.
Donc un casting efficace. Ensuite, la bonne idée est que l’histoire se déroule dans le passé (les années 30), ce qui aide à sa crédibilité. Enfin, le domaine et la maison de Manderlay (tourné à Hatfield House, dans le Herforshire, utilisé pour de nombreux films fantastiques tels « Sleepy Hollow ») sont magnifiques et impressionnants comme il se doit. La proximité de l’océan et ces hautes falaises battues par le vent apportent un certain parfum d’aventure (et de danger). Et bien sûr, le fantôme de Rebecca (aperçu notamment dans une scène de bal) hante tout le film (du reste, comme dans la version d’Hitchcock, on ne mentionne jamais le prénom de la nouvelle épouse, ni son nom de famille, alors qu’il est constamment question du prénom de la précédente épouse, Rebecca).
Tout le début, qui se déroule à Monte-Carlo ( la plage, le jardin exotique…) est coloré, joyeux, on est dans une comédie romantique plaisante. Et puis bien sûr les choses changent, à Manderlay, avec ce mari atteint de somnambulisme qui erre nocturnement dans les couloirs du manoir. Peu à peu, la vérité sur Rebecca, et sa disparition tragique, se révèle, et naturellement, inquiète. On plonge alors dans une atmosphère plutôt gothique, menaçante, que n’arrange en rien l’humeur plutôt maussade du propriétaire des lieux, Maxim de Winter. La maison est-elle hantée, de surcroit ?
Outre son atmosphère évolutive, et ses décors soignés, le film bénéficie de jolies prises de vues et d’une réalisation efficace. Beaucoup de scènes sont à la fois séduisantes et inquiétantes (la chevauchée avec le cousin débauché de Rebecca et ses dialogues à double-sens, l’apparition-surprise en robe pourpre de la blonde héroïne devenue soudain brune lors de la scène de bal) et la fin, très différente de celle d’Hitchcock, ne déçoit pas.
Un remake se justifiait-il ? Non, assurément. Mais quoi qu’il en soit, le film est plaisant, son approche différente de celle du classique le rendant intéressant. Aucun rapport avec un film américain des années 40, malgré le cadre et l’époque, on est bien dans un film de 2020. Et tant mieux, parce que cela, au final, évite les comparaisons. Les critiques sur le net sont en général négatives, mais comme d’habitude, on ne doit pas s’y arrêter. J’ai éprouvé beaucoup de plaisir à le découvrir, pour les raisons précédemment mentionnées. Ce qu’on retiendra, peut-être, c’est le personnage à la fois tragique et inquiétant campé pare Kristin Scott Thomas, impressionnante. Elle règne sur Manderlay, et y règnera jusqu’à la fin. On n’est pas dans un film d’épouvante et bien évidemment, celui-ci ne fait pas peur. Le plaisir est ailleurs. Peut-être dans la découverte progressive du mystère, et ce qu’il évoque et sous-entend. Au final, on obtient ce qu’on pouvait y rechercher : un divertissement de qualité, sans temps morts. On est tenu en haleine constamment. Certes, il faut suspendre son incrédulité pour l’apprécier pleinement (le relations du couple central ne sont pas très réalistes). Mais ce faisant, on passe vraiment un très bon moment (sur Netflix, donc).
Alain Schlockoff





