





Images de la fin des temps
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Allemagne/Canada/USA. 2025. Réal.: Paul W. S. Anderson. Scén.: Paul W. S. Anderson, d’après la nouvelle de George R. R. Martin. Prod.: Paul W. S. Anderson, Mila Jojovich, Dave Bautista, Jeremy Bolt, Jonathan Meisner, Constantin Werner. Photo : Glen MacPherson. Mus.: Paul Haslinger. Mont.: Niven Howie. Effets visuels : Herne Hill Media. 1h41. Avec : Mila Jovovich, Dave Bautista, Arly Jover, Amara Okereke, Simon Lööf, Fraser James Dist.: Metropolitan FilmExport.
SORTIE EN France : 5 MARS 2025
Au premier plan du film, un homme en long manteau et stetson silhouetté en ombre chinoise se découpe à l’entrée d’une gorge. Voix off : une situation idéale pour tomber dans une embuscade… Et effectivement, quatre autres personnages surgissent, l’encadrent, le braquent, pour se faire dessouder en deux temps, trois mouvements. Alors qui est-il, ce solitaire qui tire plus vite que son ombre ? Et dans quel cadre agit-il, que les séquences suivantes dévoilent comme autant d’images d’un désert craquelé, à l’horizon comme au ciel bouchés, et que parsèment les signes de ce qui restent d’une civilisation jetée bas : pylônes électriques aux câbles répandus, éoliennes figées, tours de refroidissement d’une centrale nucléaire n’abritant plus que des créatures zombiesques. C’est dans ce décor archétypique, filmé en une seule tonalité brunâtre tournant parfois au bleu sombre qui ne pourrait être que du noir et banc teinté que l’homme, Boyce, va accompagner en un long périple la sorcière Gray Alys, dont la mission est de ramener des Contrées perdues ce qui doit donner la puissance à la jeune reine du pays, soumise au Patriarche et à sa horde de religieux fanatiques en surcots de croisés moyenâgeux. Un récit plutôt mal à l’aise entre le fantastique gothique et le post-apo, que la caractérisation très sommaire des personnages principaux peine à imposer – Boyce qui n’a que la carrure de Dave Bautista pour exister, la sorcière où Mila Jovovich ne fait que se mouler dans sa silhouette des Resident Evil. Mais est-ce bien l’épaisseur humaine que Paul Anderson a voulu mettre au premier plan ? Qui a suivi sa carrière s’est bien rendu compte que ce qui le motivait désormais, plus qu’un scénario prétexte, était ce qui l’enrobait – témoin son injustement mésestimé Monsters Hunter –, à preuve ici l’élaboration numérique de tous les décors avant le tournage proprement dit, comme ce train fou fonçant sur des rails ne débouchant que sur le vide, cette cabine de téléphérique brinquebalante traversant un gouffre, ce pentacle brusquement enflammé, cette gigantesque tête de mort, sœur du Moloch de Metropolis, autant d’images de ce Mad Max clandestin filmé par une émule de Sergio Leone qui vous restent dans l’œil et où ne manquent même pas, en fin de parcours, ces deux cavaliers solitaires s’éloignant vers le couchant. Quant à en savoir un peu plus, on peut relire la courte nouvelle de George R. R. Martin, Dans les contrées perdues, qu’on trouve dans l’intégrale de ses nouvelles publiée en 2017 chez Pygmalion.
Jean-Pierre ANDREVON

