Si, comme l’auteur de ces lignes, vous avez raté la sortie en salles de « The Batman » avec Robert Pattinson, l’occasion vous est donnée de le (re)voir sur Netflix. Produit, coécrit et réalisé par le talentueux Matt Reeves, il s’agit d’un des meilleurs films de Batman. A voir absolument !
Voilà ce que ns écrivions dessus à l’époque de sa sortie dans l’EF :
THE BATMAN
**** SORTIE : 2 MARS 2022.
Et le revoilà, même s’il a toujours été là, sur nos écrans comme dans notre imaginaire. De quoi alimenter la perpétuelle guéguerre entre DC et Marvel, dont le dernier Spider-Man tenait jusqu’ici le haut du pavé ? Acceptons-en le deal, avec le retour de la personnalité double d’un héros des plus sombre qui, ici, semble toujours au bord de la déprime, obsédé qu’il est par l’assassinat de ses parents alors qu’il était enfant. Mais pourquoi et par qui ? Fidèle à lui-même “The” Batman – un pronom qui importe pour bien signifier qu’il n’y en a qu’un et qu’il est seul – va au départ lutter contre la corruption, police et politiques comprises, tenant entre ses griffes la ville de Gotham tout entière avec un trafic de drogue qui n’est ici qu’un McGuffin vite évacué. Car un nouveau problème vient s’ajouter à cette première ligne de récit avec l’apparition d’un second vengeur masqué, The Riddler (l’Énigme – qui en pose à ses futures victimes avant de les expédier), lequel opère selon des méthodes expéditives et cruelles, alors que Bruce Wayne a pour principe de ne jamais tuer, pousse le film, plus que vers l’action, même s’il n’en manque pas (cf. une poursuite en voiture éloquente mais qui évite les carambolages trop excessifs) vers une longue enquête, redonnant au héros son statut de base, puisqu’il ne faudrait pas oublier que, dans les comics, il est toujours appelé «le détective». Claustrophobe, nocturne de bout en bout, à croire que sur Gotham, qui plus est arrosée d’une pluie persistante, le soleil ne se lève jamais, le film, outre la virtuosité et le sens du suspense de son réalisateur, réactive le problème toujours plus actuel de la violence, de la culpabilité, de la justice, et la façon de la rendre. But de Reeves : «Je voulais que Gotham ressemble à notre monde, et en fait c’est notre monde qui se met à ressembler à Gotham», et il de fait que le métrage baigne dans l’évocation permanente des tueries de masse qui endeuillent régulièrement les États-Unis…
(…) Sous la cape comme en costume de ville, où Bruce Wayne, loin du milliardaire de charme qu’incarnèrent Michael Keaton ou Christian Bale, ne présente qu’un visage pâle et défait ( «Vous ne pensez pas que vous pourriez faire mieux pour notre ville ?» l’interroge la candidate maire), Robert Pattinson se glisse avec aisance dans le rôle, formant avec la gracile Zoé Kravitz (Selina Kyles, dite Catwoman), voleuse de haut vol, un duo antagoniste non sans charme, effleurant le romantisme avec un baiser quasi volé (…). Une séquence apaisée dissipant autant que faire se peut cette plongée de noirceur poisseuse.
JEAN-PIERRE ANDREVON 

