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La mort leur va si bien
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(Gui cai zhi dao). Taïwan. 2024. Réal.: John Hsu. Scén.: John Hsu et Tsai Kun-Lin. Prod.: Ivy Chen, Lieh Lee et Aileen Li. Photo : Patrick Chou. Mus.: Luming Lu. Mont. : Shieh Meng-ju. 1h51. Avec : Gingle Wang, Sandrine Pinna, Yao Yiti, Chen Bolin. (Netflix).
Dans l’au-delà, les fantômes, pour espérer survivre, sont désormais contraints de faire le maximum de vues via leurs vidéos diffusées sur Internet. L’agence Dead Talents Society déniche ainsi, lors d’auditions, les futures stars susceptibles d’effrayer les vivants. Rejetée lors d’un de ces castings, The Rookie, une jeune femme récemment décédée et qui, avant de mourir, n’était rien aux yeux des autres, est prise sous l’aile d’un manager de seconde zone qui espère faire d’elle la nouvelle coqueluche des réseaux sociaux. Mais l’apprentissage de la jeune revenante ne sera pas de tout repos…
Inutile d’y aller par quatre chemins : Dead Talents Society est probablement l’une des meilleures comédies horrifiques de ces dernières années et ravira les amateurs d’œuvres aussi singulières que déjantées. Reposant sur une idée particulièrement originale, cette production taïwanaise, réalisée par John Hsu, est en effet un sommet du genre qui, non seulement rend hommage à tout un pan du cinéma d’horreur asiatique, mais qui, en outre, donne à réfléchir en abordant de nombreux sujets de société, à commencer par notre rapport aux réseaux sociaux et à notre façon d’exister dans une réalité gangrenée par le virtuel. Le cinéaste embarque ici le spectateur dans un univers réjouissant où les morts ayant obtenu le plus de «like» participent à des talk-shows et se voient être traités comme des vedettes. À l’inverse, la pauvre Rookie, qui peine, dans un premier temps à effrayer les gens, est appelée à disparaitre purement et simplement si, dans les trente jours, elle ne parvient pas à percer sur la Toile. En résulte des gags désopilants et un humour décomplexé qui font mouche et qui confèrent au film sa personnalité unique. À cela s’ajoute une galerie de personnages tous plus attachants les uns que les autres, à l’image de l’héroïne qui, cherchant dans l’au-delà, une seconde chance, nous vaut quelques séquences pleines d’émotion. Et c’est là l’un des nombreux atouts de ce métrage qui parvient à naviguer entre effets comiques et séquences plus intimistes et profondément humaines. À tel point que Dead Talent Society s’impose, au fur et à mesure que le récit se déploie, comme une ode aux anonymes et aux perdants, mais aussi une métaphore de l’errance et des difficultés à vivre avec les regrets du passé. Bref, bénéficiant d’une réalisation brillante, d’une interprétation de qualité et reposant sur un rythme soutenu, Dead Talents Society est une véritable perle cinématographique qui, récompensée à Sitges, est destinée à devenir rapidement culte.
ERWAN BARGAIN

