
Ce thriller surnaturel anglaise inédit en France (à ma connaissance) est une excellente surprise ! Il s’articule autour du thème de la maison hantée, et aussi de l’infidélité conjugale, sans véhiculer aucun poncif, sans jamais s’avérer ennuyeux, ni banal – aucune impression de « déjà vu », si je puis dire étant donné qu’il s’agit en l’occurrence d’un fantôme invisible, dénommé Patrick, qui agit à la manière d’un poltergeist (déplaçant les meubles, etc)(préfigurant d’une certaine façon le « Patrick » australien que nous avons tous en mémoire…). Pour une fois, on prend gain de cause pour Patrick, dont les actions ne sont jamais gratuites mais justifiées. En fait, la tension est permanente car on se sent concerné par les personnages : l’héroine est une jeune (et belle) héritière, mais aussi une femme trompée, son mari un écrivain porté sur la bouteille mais également sur les jolies secrétaires, la vamp de service est sexy à souhait, la gardienne/gouvernante irlandaise patibulaire et stricte comme il se doit (et pittoresque), même les personnages secondaires (l’avocat, l’agent immobilier, l’ami galant de la mariée, etc) sont intéressants. Au départ, à sa vision, on pense qu’il va s’agir d’une ghost-story classique, mais tel n’est pas le cas. Je n’en dirais pas plus pour ne pas déflorer le sujet. Ce qui est le plus étonnant, c’est que si les situations sont classiques, on ne les considère pas comme telles, l’effet de surprise (et de curiosité) allant crescendo. Peut-être que cela est-il dû à la qualité des dialogues, qui ne font jamais office de « remplissage ». Ou à l’indignation légitime que l’on éprouve face à la situation matrimoniale. Ou au fait que l’épouse veille soigneusement au grain (tout l’argent lui appartient, pas seulement celui de l’héritage mais aussi c’est elle qui gagne sa vie pour deux, et sans être pingre, elle s’avère vigilante) et ne n’en laisse pas compter, à la fois aimante et fataliste.
L’histoire :
Lorsque Jean Linton hérite d’une maison à la campagne, elle espère que son mari, David, un romancier alcoolique, se posera et réussira dans son mariage. Cependant, l’arrivée de la sensuelle Valerie Stockley ne tarde pas à faire tourner la tête de David et à comploter le meurtre de sa femme. Jean est en difficulté, mais elle a un allié, le poltergeist résident de Four Winds House…
Egalement connu sous le titre de « Invisible creature », ce métrage, adapté d’un roman de Laurence Meynell, fut réalisé aux Walton Studios, dans le Surrey, où furent tournés un certain nombre de films d’épouvante efficace tels que « The Mystery of the Mary Celeste » (avec Bela Lugosi), « Mother Riley Meets the Vamipre », « Grip of the Strangler » , « Les monstres invisibles », « The Snake Woman » ou « Doctor Blood’s Coffin » et la série « Colonel March de Scotland Yard » avec Boris Karloff. Le déclin de l’industrie de production cinématographique britannique au milieu du XXe siècle entraîna hélas une baisse du travail pour l’établissement, et après avoir échoué à survivre financièrement en tant que centre de production télévisuelle, il a finalement été fermé en 1961. Le studio a ensuite été démoli et le terrain a été vendu pour la construction de maisons. La majeure partie de son équipement fut vendue aux studios voisins de Sherppeton, et certains de ses 200 anciens employés y furent transférés. Ce qu’on note à la vision du générique, c’est d’ abord le nom du 1er assistant-réalisateur, qui n’est autre que Douglas Hickox (« Theatre de Sang ») et celui du directeur musical, Philip Martell, qui supervisa nombre de productions Hammer sur le plan musical (il devint directeur musical de la Hammer, après 1963, soutenu par le réalisateur Val Guest). Il travailla également dans ce même domaine pour la firme spécialisée Tyburn de Kevin Francis (le fils de Freddie Francis).
Aux commandes du métrage, le réalisateur et scénariste Montgomery Tully, qui avait 56 ans. Il avait débuté dans les documentaires, en 1929, et se tournera vers les petits budgets, signant des films policiers et de SF (« The Terrornautst », « Battle beyond the Earth»), dont l’année suivante (1962) le thriller de mystère « Ouf of the Fog », mettant en scène un tueur en série, où un ancien détenu est le principal suspect lorsqu’une série de meurtres se produit sous la pleine lune, chaque victime étant une jeune femme blonde. Ici, sa réalisation est avant tout efficace. L’intrigue est simple, pas une seconde n’est gâchée en digressions, et techniquement le film s’avère soigné. On peut penser à « La falaise mystérieuse » (1944) dans la mesure où la présence d’un fantôme n’est pas perçue comme une crainte immédiate. Mais l’ambiance légère, voire amusante, du début devient plus sombre au fur et à mesure que l’infame époux met ses sinistres plans à exécution. Ce qui conduira à un dénouement très réussi.
L’interprétation est globalement de qualité, dominée par l’interprétation sans faille de Patricia Dainton , dans le rôle de l’épouse bafouée et souffrante d’être délaissée. Son mari sournois et ivre est campé par Tony Wright, qui s’illustra auparavant dans « A toi de jouer….Callaghan ! », puis, la même année, dans « Callaghan remet ça » (1961) d’après Peter Cheyney où, dans un rôle de brute -justicièr, il n’est guère éloigné du savoureux Lemmy Caution campé par Eddie Constantine. Quant à la maitresse sans scrupules, ce rôle de femme fatale incombe à l’excellente Sandra Dorne que l’on retrouvera, aux côtés d’Yvonne Romain, dans « La poupée diabolique » (1964).
Bref, à voir absolument !

