RETOUR À SILENT HILL : nos 2 critiques

RETOUR À SILENT HILL : nos 2 critiques

Une splendide adaptation

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SORTIE : 4 FÉVRIER 2026

 

Christophe Gans signe son grand retour sur les écrans avec un film mêlant horreur et romantisme, dont l’atmosphère évoque les œuvres littéraires des auteurs macabres des 19° et 20° siècles (d’Edgar Poe à H.P. Lovecraft), ainsi que les grands thèmes chers au réalisateur depuis son segment The Drowned dans le Necronomicon produit par Brian Yuzna en 1991.

Mais c’est aussi un film résolument moderne et très attendu puisqu’il adapte fidèlement le second volet de la saga du jeu vidéo Silent Hill de Konami sorti en 2001, et réputé comme étant le favori des fans de la série.

Dans un univers anxiogène, l’amour que porte James Sunderland à l’être qu’il a le plus aimé, l’entraîne dans une quête éperdue dans la ville de Silent Hill bien que Mary soit morte 3 ans auparavant. Désir de remonter le temps, porté par la culpabilité de l’avoir abandonnée à deux reprises par le passé, cette incursion dans l’enfer de la ville incendiée à l’instar de son âme, s’apparente aussi à un combat contre ses propres démons, comme semblent le lui signifier les multiples miroirs brisés rencontrés dans le jeu, ou encore l’alter-ego de Mary l’appelant une nouvelle fois à l’aide. Ni ville fantôme, ni ville morte puisqu’habitée d’abominations qui ne cessent de se multiplier, mais plutôt une ville condamnée, un mirage dans la brume, à l’orée d’une symbolique forêt et d’un lac (de larmes ?) qui la protège du sort des bâtiments lorsqu’ils s’effondrent sous les flammes. La restitution de ce volet où les cendres n’en finissent pas de tomber, est une sublimation du jeu, de ses décors, où émergent de l’obscurité des camaïeux gris-marron-vert, couleurs sirkiennes, qui pointent dans la noirceur de ce monde comme des espoirs de (sur)vie, que le rouge du sang et l’orange du feu s’acharnent à détruire. Mais du Chaos de la mythologie nait aussi l’amour et l’harmonie. Ainsi James va affronter toutes ses peurs et transcender un monde fantasmagorique pour tenter de retrouver le chemin vers la vie, porté par le fol espoir d’une seconde chance après son rendez-vous manqué avec le bonheur ; celui-ci est hors de portée de la ville, là où le monde resplendit avec ses couleurs chatoyantes : le bleu du ciel tel celui des yeux de Mary, le vert de la nature luxuriante, le jaune du soleil qui vivifie.
Silent Hill apparait alors comme un purgatoire plus qu’un lieu infernal, qui donne à notre anti-héros de quoi méditer sur les mauvais choix, les erreurs passées qui hantent l’esprit, et sur les amours perdues.

Conçues par Patrick Tatopoulos et chorégraphiées par Roberto Campanella d’après les designs de Masahiro Itō, une foultitude de créatures fantastiques chtuluhesques à combattre, donne lieu à des scènes d’action pour lesquelles le cinéaste a toujours démontré à la fois son attirance et sa maîtrise du genre. La bande originale est signée par Akira Yamaoka lui-même, créateur, producteur, et compositeur du jeu, qui par sa seule présence au générique, valide cette transposition de son oeuvre. Silent Hill est une expérience immersive avec juste ce qu’il faut d’artificialité pour respecter la sensation ludique du jeu vidéo, en même temps qu’une réussite cinématographique qui ne sera pas, comme d’autres transpositions, uniquement réservée aux gamers.

 

Quélou Parente

 

Le traumatisme sans cœur

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Vingt ans après sa première incursion dans l’univers de Silent Hill, Christophe Gans replonge à bras-le-corps dans cet enfer quadridimensionnel, reprenant la trame principale du deuxième épisode de la franchise vidéoludique adulé par les fans. Et en grand érudit, le cinéaste maîtrise dans les moindres recoins son sujet pour en extraire l’aspect le plus viscéral. On appréciera ainsi sa volonté de reprendre frontalement les thématiques les plus difficiles du jeu, entre amour déchu, abus intrafamilial et pulsions refoulées de violence. Le tout est renforcé par d’excellentes performances d’acteurs, notamment Hannah Emily Anderson (vue dans Jigsaw et What keeps you alive) qui brille par son interprétation aux multiples facettes.

Si ces qualités sont respectables, l’amour profond et sincère que voue Christophe Gans à cette saga plombe malheureusement l’ensemble. ll paraît si effrayé par une possible forfaiture envers les créateurs de jeux, les fans de la première heure et même l’œuvre d’origine, qu’aucun choix de sa part ne fait mouche. S’il étoffe ses personnages avec une plus riche histoire d’amour, transmettant à de trop rares moments leur déchirure sentimentale, il ajoute aussi une quantité de personnages inutiles, comme une psychiatre qui va altérer la fluidité d’un récit déjà trop condensé. Un sentiment de lourdeur général qui se ressent également dans la mise en scène. Comme si le réalisateur n’avait que pour unique obsession d’embrasser la dialectique du jeu, avec des cadrages amples et frénétiques, parfois reproduits à l’identique sur les cinématiques de l’époque, des séquences tournées à la première et à la troisième personne pour singer le point de vue du joueur, ainsi qu’une structure narrative par «niveaux». Ces effets de style tape à l’œil et répétitifs donnent l’illusion de s’enfoncer dans un univers en toc, aux règles mal définies sur sa courte durée. Hélas, l’illusion et le virtuel supplantent l’humanisme et le tragique.

Il apparaît alors clair que les ambitions démesurées de Gans se heurtent à son cruel manque de personnalité derrière la caméra, lui qui a rythmé sa carrière sous le joug de ses œuvres de références, qu’elles soient littéraires, cinématographiques ou vidéoludiques. Et Retour à Silent Hill, film qu’il mûrissait avec ardeur et dévotion dès l’écriture de l’opus précédent, en est une parfaite illustration. Une production qui s’avère trop théorique pour emballer le cœur, un comble pour une histoire si bouleversante et intime.

 

Louis Verdoux

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