LE POUR :
SCREAM 7
Crier ne vous sauvera pas !
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USA. 2026. Réal.: Kevin Williamson. Scén.: K. Williamson, Guy Busick. Prod.: Paul Neinstein, William Sherak, James Vanderbilt. Photo : Ramsey Nickell. Mus.: Marco Bletrani. 1h54. Avec : New Campbell, Courteney Cox, Isabel May, Jasmin Savoy Brown, Mason Gooding, Anna Camp, Joel McHale. Dist.: Paramount Pictures France.
SORTIE : 25 FÉVRIER 2026.
Ne serait-ce pas amusant de faire une visite nocturne dans la demeure où plusieurs crimes sanglants ont été commis, perpétrés par ce fantôme masqué appelé Ghostface, et désormais transformée en musée de l’horreur ? C’est en tout cas ce qu’a décidé un jeune couple qu’effraye à peine la présence du tueur… qui ne se révèle être qu’un mannequin mécanique. Mais pourquoi la caméra s’obstine-t-elle à continuer à le cadrer lointainement, regard sombre et fixe, alors que les deux godelureaux batifolent dans les lieux ? On aura compris que cette séquence d’ouverture, presque un film à elle seule, et qui va comme on s’en doute se terminer tripes à l’air, n’est là que pour nous mettre dans le bain.
Après les 1 (1997), 2, 3, 4, 5 et 6, ce dernier en 2023, Ghostface revient, ou plutôt, comme nul ne l’ignore et ce dès le premier opus, les Ghostface, multipliés pour tromper le spectateur. Ce septième métrage va-t-il s’enclencher sur ce système qui marchait si bien ? Chut ! Nous sommes en tout cas dans la petite ville de Pine Grove, dans l’Indiana, où Sydney Prescott, qui a traversé toute une série de crimes depuis le début de la saga et où l’on retrouve dans le rôle Neve Campbell, s’y est installée avec sa fille Tatum (Isabelle May), dont le prénom est celui de la toute première victime, ce qui n’augure rien de bon. Effectivement, voilà que le téléphone sonne et qu’au bout du fil une voix éraillée susurre à Neve que rien n’est fini et que la mort l’attend au tournant. Mais qui appelle ? Ne serait-ce pas quelqu’un disparu depuis trente ans mais dont le visage grimaçant apparait sur les écrans des smartphones ?
En enfilant pour la première fois le costume de réalisateur, Kevin Williamson, scénariste de la plupart des précédents Scream (mais aussi de Souviens-toi… l’été dernier) sait de quoi il parle et comment faire sursauter, en employant à bon escient les classiques de la terreur, une simple ombre dessinée derrière un pan de plastique, un téléphone perçant le silence de la nuit, un corps qu’on croyait percé de balles et se relève brusquement, sans oublier de fréquents jump scares. Tout en corsant son métrage, pour le plaisir goulu du fan, de scènes ou fragments de dialogue évoquant tel ou tel film antérieur, ainsi du petit ami de Tatum se glissant dans sa chambre en passant par la fenêtre, rappel d’une séquence du 1, par ailleurs citée. Problème qui peut se poser : ne risque-t-on pas de se lasser à ce qui paraît n’être qu’une suite assumée de répétitions, ou tout au contraire apprécier en vieil habitué tout ce qui faisait le charme frissonnant des opus antérieurs et qu’on retrouve, intact, pour ce qui serait une définitive fermeture de porte ? Chacun jugera.
Jean-Pierre ANDREVON
LE CONTRE :
La mort de la franchise
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Pour célébrer un 30e anniversaire, le cadeau offert aux amateurs de la saga était presque trop beau. Le retour de Sidney Prescott au premier plan sous les traits de Neve Campbell, dans un nouveau volet entièrement centré sur elle, ce qui n’était pas arrivé depuis Scream 4, en 2011, lorsque feu Wes Craven était encore derrière la caméra. Autre source de réjouissance, le passage de Kevin Williamson, scénariste des quatre premiers opus, de l’écriture à la réalisation. Avec ce garde-fou ultime, l’attente était forte pour assurer la continuité narrative mais également philosophique avec les premiers épisodes, élevés depuis au Panthéon de l’horreur. Mais comme toutes les belles histoires, le retour à la réalité fait mal. Et en l’occurrence, il tue. Car Scream 7, par son absence totale d’idée, apparaît comme un ratage de premier ordre.
Paradoxalement, le long-métrage commence par l’une de ses meilleures séquences. Un couple, dont l’homme se passionne pour les films d’horreur, loue un Airbnb qui plonge ses hôtes dans les meurtres du premier et cinquième opus. Punis par leur voyeurisme morbide, tous deux meurent par la main de Ghostface qui, symboliquement, brûle la bâtisse. Si l’on peut observer dans ce geste une volonté de faire table rase, c’est pourtant tout l’inverse qui se déploie le reste du film. Véritable tentative désespérée de faire vibrer la fibre nostalgique des derniers fans encore au rendez-vous, l’œuvre se contente de (mal) recopier la plupart des scènes iconiques, sans exaltation aucune. En témoignent des mises à mort parfois amusantes, mais dirigées à la manière d’un téléfilm diffusé exclusivement sur plateforme de streaming. L’encéphalogramme reste plat pendant deux longues heures, où les personnages enchaînent les mauvais sermons sur la parentalité et les traumatismes.
Si les réalisateurs des deux précédents films avaient tenté, avec plus ou moins de réussite, de changer les codes, critiquant la logique de «legacyquel» (faire de nouveaux films en ramenant d’anciens personnages d’un même univers, à la manière de Star Wars 7 ou Halloween 2018) qui pullule encore à Hollywood, Kevin Williamson ne semble rien avoir à dire sur son époque ou sur l’état du cinéma de genre. Pire encore, il semble pris au piège de cette dynamique des studios, qui enferment la création dans des boucles infernales de résurrection permanente. À l’image des retours de David Arquette et Matthew Lillard (et pleins d’autres) grâce à l’intelligence artificielle, idée intéressante et contemporaine sur le papier, qui se limite à un simple moyen pour Ghostface de piéger Sidney Prescott et Gale Weathers. Et ce, sans remise en cause aucune des problématiques concrètes de la technologie : avènement des fake news, durcissement des conditions de travail pour les artistes, propriété intellectuelle. In fine, tout s’effondre dans un final grotesque et hors sujet et atteste d’un cruel constat : Scream est mort et mérite de reposer en paix.
Louis Verdoux


