SCREAMING MAD GEORGE (1956- 2026)

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SCREAMING MAD GEORGE (1956- 2026)

IN MEMORIAM

 

SCREAMING MAD GEORGE (1956- 2026)

Un maître de l’horreur corporelle

 

Il était l’un des rois des effets spéciaux de maquillages viscéraux. Screaming Mad George, connu notamment pour ses collaborations avec Brian Yuzna, nous a quittés en février dernier. Retour, rapide, sur une carrière haute en chairs et en couleurs.

 

Le Cauchemar de Freddy, Society, Re-Animator 2… Screaming Mad George  laissera une trace indélébile dans le cinéma d’horreur et plus précisément dans le body horror dont il était devenu l’un des chantres en matière d’effets spéciaux. Né en 1956 à Osaka au Japon, Jōji Tani (de son vrai nom) témoigne dès l’adolescence d’un goût prononcé pour les arts graphiques et dessine ainsi des bandes dessinées horrifiques influencées par les mangas mais aussi par les œuvres de Dali et de Jérôme Bosch avant d’émigrer aux Etats-Unis pour intégrer la School of Visuel Art de New York dont il sort diplômé. Parallèlement, il forme un groupe de punk rock, The Mad, avec lequel, pendant quelques années il écume les scènes et sort quelques disques. C’est grâce à cette formation, dont il conçoit les clips et l’esthétique visuelle, qu’il se fait remarquer par l’industrie cinématographique et notamment par Rick Baker qui, au milieu des années 80, lui suggère de s’installer en Californie.

 

C’est également à peu près à la même période que Jōji Tani décide de changer de nom et d’opter pour le patronyme de Screaming Mad George, en hommage au magazine Mad, dont il est un fervent lecteur et au bluesman Screamin’ Jay Hawkins. Ainsi, en 1986, il rejoint les équipes de tournage de films tels Poltergeist 2, de Brian Gibson, et Les Aventures de Jack Burton dans les Griffes du Mandarin, de John Carpenter, où il officie, en tant qu’assistant sur les effets visuels. Quelques mois plus tard, il œuvre sur Predator, en participant à la conception de l’alien avant de prendre du galon en participant au Cauchemar de Freddy de Renny Harlin. Pour ce film, où il officie parallèlement comme maquilleur et qui le conduit à travailler, pour la première fois, avec John Carl Buechler, il crée ni plus ni moins qu’une scène devenue culte, à savoir celle des cafards. Cette séquence, quasi-cartoonesque, illustre déjà le goût de de Mad George pour les chairs atrophiées et les mutations corporelles. Mais c’est en 1988, après avoir collaboré à La Prochaine Victime, sympathique slasher de Skip Schoolnik, que la carrière de l’artiste prend réellement son envol.

 

A la fin de cette année-là, il fait une rencontre qui va changer sa vie en la personne de Brian Yuzna. Ce dernier, qui depuis Re-Animator qu’il a produit, peine à monter de nouveaux films, lui fait part de son projet intitulé Society, un métrage sortant des sentiers battus et nécessitant des effets spéciaux aussi surréalistes que malaisants. L’histoire écrite par Zeph E. Daniel (sous le pseudo de Woody Keith) et Rick Fry, et remaniée par Yuzna, nous relate le cauchemar vécu par un adolescent de Beverly Hills qui découvre que les membres de sa famille se livrent à des orgies monstrueuses en compagnie d’autres personnes de la jet-set locale. Cette production indépendante permet à Screaming Mad George de démontrer son immense talent et de nous offrir des effets spéciaux surréalistes (comme mentionné au générique) dont le point culminant reste une séquence d’orgie aussi organique que mémorable. Grâce à Society, formidable satire horrifique qui critique ouvertement les hautes classes sociales, l’artiste acquiert un nouveau statut qui l’incite à poursuivre sa collaboration avec Brian Yunza en prenant en main, peu de temps après, l’élaboration des effets spéciaux de Bride of Re-Animator, la suite du classique de Stuart Gordon. Et là encore, le talent de Mad George fait des miracles et engendre des visions à l’onirisme morbide qui marquent instantanément toute une génération de fantasticophiles. Comment en effet oublier ce moment où Gloria sort ses tripes ou encore cet œil humain greffé sur une main et qui mène une existence autonome ? L’artiste va ainsi devenir un fidèle du réalisateur du Retour des Morts-Vivants 3 et travailler sur plusieurs de ses films, tels le surprenant Douce Nuit, Sanglante Nuit – L’initiation, Douce Nuit, Sanglante Nuit – les jouets de la mort (que le cinéaste coécrit et produit), Necronomicon, Progeny : L’enfant du Futur, Le Dentiste 2, Faust ou encore Beyond Re-Animator, le troisième volet des aventures d’Herbert West.

 

Le passage derrière la caméra

 

L’amitié qu’il a nouée avec Yuzna offre l’opportunité, en 1991, à Mad George de signer, en compagnie de Steve Wang (autre spécialiste des effets spéciaux), son premier long-métrage, Mutronics. Comédie gore et loufoque produite par Yuzna et librement adaptée d’un manga de Yoshiki Takaya, Mutronics (Guyver en v.o.), est une œuvre totalement azimutée qui, portée par une énergie communicative, nous offre une galerie de créatures toutes plus fantasques les unes que les autres. A cela s’ajoute un casting dominé par Mark Hamill et Michael Berryman qui contribue à faire de cet unique long-métrage mis en boite par l’artiste une série B atypique et décomplexée. Mad George collaborera à nouveau, quelques mois plus tard (sur les EFX), avec Steve Wang quand ce dernier réalise Kung Fu Rascals, un divertissement familial haut en couleur. En 1993, il affirme encore et toujours son amour pour les créatures improbables et rejoint l’équipe de maquillages spéciaux pour contribuer à la création de l’incroyable bestiaire de La Cité des Monstres, comédie déjantée de Tom Stern et Alex Winter. Puis, après avoir travaillé sur Les Démons du Maïs 3, il se frotte aux lycanthropes sur le tournage du Loup-garou de Paris d’Anthony Waller. Parallèlement, il renoue avec la musique en sortant le disque «Transmutation», sur le label japonais de Metal, Exctasy Records.

 

A partir du milieu des années 90, Screaming Mad George va bizarrement se faire plus rare. En 1996, il met son talent au service de Stuart Gordon sur Space Truckers où il se charge notamment de la conception des cyborgs. A partir de la fin des années 90, Mad George est de moins en moins sollicité par l’industrie cinématographique. Hormis ses formidables créations pour Faust et Beyond Re-Animator, de son ami Brian Yuzna, ainsi que Blood of the Samuraï, d’Aaron Yamasato, l’artiste s’éloigne des plateaux. Sa notoriété le conduit cependant à renouer au tout début des années 2000 avec la musique en entamant une collaboration avec le groupe de Nu Metal Slipknot pour qui il conçoit les masques et tenues de scène accompagnant notamment la sortie de l’album à succès «Iowa». Preuve que l’univers du rock, au sein duquel il avait débuté son parcours artistique, continuait de lui tenir à cœur.

 

Les derniers travaux connus de Screaming Mad George pour le grand écran datent de 2013 pour les besoins du film C’est la Fin (This is the End), de Seth Rogen et Evan Goldberg, où il vient prêter main forte (sans en être crédité au générique) à l’équipe en charge de la créature. Par la suite, il s’est retiré du milieu. Son décès, intervenu le 10 février 2026 mais annoncé seulement en août dernier par sa famille, laissera un grand vide dans le monde des effets spéciaux. Personnage excentrique et fondamentalement doué, il restera, sans aucun doute, dans la mémoire des cinéphiles comme étant l’un des plus grands spécialistes des effets gore surréalistes.

 

ERWAN BARGAIN

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