IN MEMORIAM
TIM CURRY (1946-2026)








Un artiste aux multiples facettes
Tim Curry aura marqué les esprits de plusieurs générations de spectateurs. Éternel docteur Frank-N-Furter dans The Rocky Horror Picture Show pour certains, magnétique Darkness dans le formidable Legend de Ridley Scott ou inoubliable interprète de Pennywise dans la mini-série de Tommy Lee Wallace, pour d’autres, le comédien a durant près de 50 ans, irradié les écrans de son talent.
Né le 19 avril 1946 à Grappenhall en Angleterre, Timothy James Curry obtient une bourse pour étudier l’art dramatique à Bath. C’est au sein de cette université qu’il commence à fouler les planches mais également à exercer ses talents de chanteur, en tant que soprano, dans la chorale de l’établissement. Il poursuit, ensuite, son cursus à l’université de Birmingham où il obtient des licences en anglais et en art dramatique avant d’intégrer des troupes londoniennes et de réellement débuter sa carrière professionnelle de comédien. En 1968, il rejoint la distribution de la comédie musicale «Hair», durant plusieurs mois, et fait ainsi la connaissance de Richard O’Brien. Une rencontre déterminante qui, quelques années plus tard, va lui permettre de prendre son envol. En effet, après être apparu dans quelques épisodes de série télé («Ace of Wands», «Stage 2»…), Curry apprend par O’Brien qu’il recherche un acteur sachant chanter pour intégrer la troupe d’une comédie musicale dont il vient d’achever l’écriture et que Jim Sharman doit mettre en scène.
Après avoir lu le script, le jeune comédien, conscient du potentiel d’un tel projet, postule et obtient le rôle qui va changer sa vie, à savoir celui de Frank-N-Furter, un savant fou adepte du travestissement. Après des débuts publics timides, en 1973, à Londres, la pièce rencontre, au fil des mois, un succès considérable au point d’être jouée, à partir de 74, aux USA et notamment à Broadway. L’interprétation de Curry, étonnant dans la peau du scientifique diabolique, est pour beaucoup dans la renommée acquise par le spectacle qui, en 1975, toujours sous la houlette de Jim Sharman, devient un long-métrage, The Rocky Horror Picture Show. Sa performance entre ainsi instantanément dans les annales cinématographiques (performance qui sera, au final, assez lourde à porter, car vite considérée comme culte) et braque les projecteurs sur le comédien qui est dès lors sollicité par le petit et le grand écran.
En 1978, il campe Robert Grave, un écrivain, qui fait la connaissance d’un homme pouvant tuer à la seule force d’un hurlement, dans Le Cri du Sorcier, œuvre fascinante et méconnue de Jerzy Skolimowski, puis se glisse, la même année, dans le costume de l’auteur d’«Hamlet», dans «Will Shakespeare», une mini-série télévisée. En 1980, il tient l’un des rôles principaux de Times Square, un drame d’Allan Moyle, dans lequel il joue un animateur radio donnant sa chance à deux jeunes filles désireuses de percer dans la musique et ce, avant de tourner dans Annie, sous la direction de John Huston où il prête ses traits à Rooster, un malfrat à la petite semaine. En 1985, il apparaît au générique de deux films, et pas des moindres : Legend de Ridley Scott et Cluedo, de Jonathan Lynn. Dans Legend, sommet de merveilleux et de féérie, il incarne Darkness, un être diabolique désireux de tuer les deux licornes garantes d’harmonie dans un monde imaginaire. Choisi par l’auteur d’Alien, suite à sa prestation dans The Rocky Horror Pictures Show, pour incarner cette créature maléfique, Curry, qui doit subir plus de cinq heures de maquillage avant chaque jour de tournage, livre une prestation brillante qui éclipse celle de Tom Cruise, pourtant tête d’affiche de la production.
Toujours en 85, l’artiste est à l’affiche de Cluedo, savoureuse adaptation du célèbre jeu éponyme dans laquelle il endosse le costume du majordome Wadsworth, maitre d’hôtel et de cérémonie d’une énigme bien huilée. A la même période, et tout en continuant à fouler les planches et écumer les scènes de théâtre, il ajoute une corde à son arc et commence à prêter sa voix pour des séries animées et des films d’animation, activité qui prendra peu à peu une place considérable dans sa carrière et dans laquelle il excellera. Il double ainsi des personnages (dont Judas) dans «The Greatest Adventure», une adaptation de la Bible ou encore dans le court-métrage Abel’s Island, de Michael Sporn.
D’un registre à l’autre
En 1990, son chemin croise celui de John McTiernan qui lui confie un second rôle, celui du docteur Petrov, dans A la Poursuite d’Octobre Rouge, où Curry a pour partenaire Sean Connery, Alec Baldwin et Sam Neill, notamment. La même année, il se fond dans l’univers de Stephen King et campe, pour le petit écran, Pennywise, le clown maléfique de «Ça», téléfilm en deux épisodes signé Tommy Lee Wallace. D’un charisme et d’une prestance incroyable dans le costume de ce personnage emblématique, le comédien crève à nouveau littéralement l’écran et contribue à la renommée de cette production qui a marqué toute une génération de téléspectateurs avides de frissons. Dans un tout autre registre, on le retrouve en 1992 dans Maman, J’ai encore raté l’avion, de Chris Columbus où il prête ses traits au désopilant concierge de l’hôtel, démontrant, une fois encore, son incroyable palette de jeu et sa faculté à passer d’un genre à l’autre avec une aisance déconcertante.
En parallèle, il multiplie les doublages pour les films et série animés et prête sa voix durant plusieurs saisons à des programmes tels «The Adventures of Don Coyote et Sancho Panda» et «La légende Prince Vaillant» et apparaît, en 1993, dans un épisode (l’excellent Death of Some Salesmen) de la cinquième saison des «Contes de la Crypte» où il interprète un triple rôle et où son art de la métamorphose fait une nouvelle fois des miracles. Toujours en 1993, il incarne Richelieu dans le très divertissant Les Trois Mousquetaires de Stephen Herek puis est au générique de The Shadow, transposition à l’écran d’un Pulp des années 30 mise en boîte par Russell Mulcahy avant de tourner sous la direction de Frank Marshall dans Congo. Dans cette production tirée du roman éponyme de Michael Crichton, Curry interprète Herkermer Homolka, un homme d’affaires roumain bien décidé à découvrir une cité légendaire abritant une mine de diamants. Quelques temps plus tard, il se transforme en pirate et devient Long John Silver dans l’excellent L’ïle au trésor des Muppets, réalisé par Brian Henson et dans lequel il pousse la chansonnette en compagnie de Kermit la grenouille et de sa bande. Peu à peu, les apparitions de l’acteur à l’écran commencent à se faire de plus en plus rares, Tim Curry consacrant une grande partie de son temps à doubler des personnages de séries ou de longs-métrages animés (Les Razmoket, le film, Bartok le Magnifique, Scooby-Doo et le Fantôme de la Sorcière) ainsi que de jeux vidéo. Ce qui ne l’empêche pas, de temps à autre, de revenir devant la caméra comme en témoignent ses interprétations de Gomez Adams dans La famille Adams : Les Retrouvailles, mis en boîte par Dave Payne, de Roger Corwin dans Charlie et Ses drôles de Dames ou encore dans Scary Movie 2 où il campe l’odieux professeur Oldman, spécialiste des phénomènes paranormaux. Durant les années 2000, Tim Curry apparaît encore à l’écran dans quelques rôles marquant comme dans le très réussi Secret de Moonacre, de Gábor Csupó mais aussi et surtout dans Cadavres à la pelle, réjouissante comédie noire de John Landis et où il a pour partenaire Simon Pegg et Andy Serkis.
A partir de 2012, les séquelles d’un AVC vont le contraindre à déserter les plateaux de tournage et à se concentrer sur le doublage (la série «Star Wars : The Clone Wars» où il incarne vocalement Palpatine notamment). Sa dernière apparition à l’écran date de 2024 dans Stream, sympathique série B horrifique due à Michael Leavy et dans laquelle il partage l’affiche avec des grands noms du genre tels Jeffrey Combs, Tony Todd et Dee Wallace.
ERWAN BARGAIN

