A l’affiche

DIGGER ***
GB/Mexique.USA. 2026. Réal.: Alejandro González Iñárritu. 2h09.
Il s’éveille dans sa magnifique maison en pleine nature. Son nom, Digger Rockwell, c’est l’homme le plus puissant et (donc) le plus riche du monde. Mais avant d’écouter les messages qui le submergent, c’est Maggie, sa vieille chatte malade (âgée de 200 ans de vie d’homme) qui le préoccupe, dont son vétérinaire lui avoue qu’elle n’a plus à vivre qu’entre deux mois et cinq minutes. Ce n’est pas un vrai chat, bien sûr, de même que le bedon arboré n’est pas le sien, puisque c’est Tom Cruise en personne, dûment maquillé comme il en a parfois l’élégance pour casser son image (cf. Tonnette sous les tropiques) qui s’est glissé dans la peau du milliardaire. Ne reste plus qu’à le voir habillé, Santiags et Stetson plus de l’âge du personnage, pour parfaire le portrait. Qui se précise lors d’une séquence d’amphithéâtre (est-on à l’ONU ou au Congrès ?) où, vociférant et sautant de gradin en gradin, il s’arrache pour défendre son job : extirper un million de barils de pétrole par jour des glaces du Groenland, et tant pis si elles se fragmentent, laissent fuser du méthane qui s’enflamme et d’où se détache un énorme iceberg qui se dirige droit vers le nord de l’Europe avec à la clé un tsunami risquant de causer des millions de morts. Car le pétrole, «c’est un don du ciel et il faudrait que j’arrête alors que je pénètre la planète par tous les trous ?». On a reconnu là le fameux «Drill, baby, drill !» trumpien et, derrières les rictus de Digger, une sorte d’Elon Musk survolté. D’où, et quoi qu’en dise Alejandro González Iñárritu, c’est bien d’une satire directe de l’époque qu’il s’agit. Réussi ? Sauf que, par ses traits épais comme des câbles et le jeu exalté de maître Tom, il s’en faudrait de peu que la lassitude s’installe et qu’on passe à côté… Mais ce serait ignorer une dernière partie qu’on se gardera bien de dévoiler où, retournant son propos comme une vieille chaussette, le réalisateur, mêlant à l’image le vrai et le faux de manière techniquement saisissante, feint de nous faire accepter qu’il s’agissait bien d’une farce où, le rideau tombé, les acteurs peuvent venir saluer un public enthousiaste de s’être à ce point fait berner. Il n’y maque pas même la morale («Un jour on est un roi, le lendemain un tas de cendres»), ni la référence à George Orwell – L’OBÉISSANCE, C’EST LA LIBERTÉ, lit-on sur un mur, comme pour nous assurer qu’Iñárritu est plus malin qu’on aurait cru. Ou trop ?
Jean-Pierre ANDREVON

