A VOIR SUR NETFLIX (nouveauté fantastique)
THE PARADES ****
Japon. 2024. Réal. et scén.: Michihito Fujii. 2h12
Alors qu’elle recherche son fils, après une catastrophe naturelle, Minako, une jeune mère de famille célibataire, se rend compte qu’elle est décédée. Aidée par un petit groupe de morts, elle va devoir trouver la paix avant de passer définitivement dans l’au-delà…
Si le synopsis de cette production japonaise n’a rien d’innovant au premier abord, la visionner vous convaincra du contraire tant Michihito Fujii renouvelle avec brio un sujet mille fois exploité dans le cinéma Fantastique. Porté par une splendide photographie, le réalisateur, qui possède un sens aigu du cadre et de la perspective, nous offre des images somptueuses et parvient ainsi à créer, en quelques minutes, une atmosphère à la fois onirique et poétique. Une atmosphère qui se met au service des thèmes abordés, à savoir le deuil et la peur de la séparation, mais aussi le sens que l’on donne à nos vies. Ainsi, le rythme contemplatif du récit (le titre ne s’affiche qu’au bout de trente minutes de projection) épouse à merveille le propos et invite en quelque sorte le spectateur à une déambulation dans un monde parallèle où les morts, en attente de ne plus avoir de regrets, mangent du pot-au-feu, poussent la chansonnette, pleurent et se promènent, la nuit, dans les rues de la ville. Si le métrage est empreint de mélancolie, le cinéaste ne verse jamais dans le pathos, bien au contraire, il alterne avec une belle virtuosité, moments légers et drôles (notamment quand le petit groupe de morts, très solidaires, est réuni dans son décor de fête foraine) et instants de grâce, et ce tout en dessinant les contours du drame qui se joue pour chaque protagoniste. Et puis, il y a cette galerie de personnages savoureux, incarnés par des comédiens remarquables et pleins de sensibilité, à l’image de Michael, le réalisateur ayant laissé sa dernière production inachevée et qui permet à Michihito Fujii de rendre un bel hommage au septième art et au processus de création en général. Ce mélange entre émotions et fantastique fonctionne ici à merveille et fait oublier les quelques longueurs qui ponctuent, parfois, l’histoire (le métrage dure plus de deux heures). Au final, The Parades s’impose comme un formidable hymne à la vie et à l’amitié dont il est plaisant, dans une société de plus en plus individualiste et où l’empathie est devenue un gros mot, d’entendre la mélodie.
Erwan BARGAIN