
RAGING GRACE
Sous l’emprise d’un diable
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- Philippines/Royaume-Uni. Réal.: Paris Zarcilla. Scén.: Paris Zarcilla et Pancake Zarcilla. Prod.: Chi Tai. Photo : Joel Honeywell. Mus.: John Clarke. Mont.: Christopher C.F. Chow. 1h40. Avec : Max Eigenmann, Eva-Jane Willis, David Hayman, Leanne Best. (Shadowz).
Joy, une immigrante philippine sans papier, tente de survivre comme elle peut, avec sa fille, en espérant voir sa situation être régularisée. Le jour où elle est employée comme femme de ménage pour s’occuper de la maison d’un vieil homme fortuné et mourant, elle pense qu’enfin la chance lui sourit. Mais ce ne sera pas vraiment le cas…
Co-production philipinno-britannique, Raging Grace est un film d’épouvante étonnant et intelligent qui ne va pas forcément là où on l’attend. S’appuyant sur une réalisation aussi sobre que solide, le réalisateur, Paris Zarcilla, démontre en effet, avec ce métrage, sa capacité à créer une atmosphère angoissante et à développer la dimension psychologique de son récit. Accompagnées d’une musique très rythmée et percussive, les premières minutes sont assez trépidantes et possèdent une tonalité particulière. On apprend à connaître Joy, prisonnière de sa condition de sans papier et dont l’existence est une lutte permanente. Une lutte qui va prendre un tournant cauchemardesque à partir du moment où elle pénètre dans la vaste demeure de son nouvel employeur. Elle commence par cacher l’existence de sa fille de peur d’être renvoyée (cette scène où elle entre dans la maison avec sa valise est, en ce sens, très marquante). La manière dont Joy traite son enfant et la relation particulière qu’elle entretient avec elle sont d’ailleurs troublantes et distillent, dans la première partie, un certain malaise. Un sentiment accentué par la maison qui les accueille et dont les pièces, immenses et plongées dans une semi-obscurité continuelle, semblent renfermer bien des secrets. Ces derniers seront dévoilés au fil d’une intrigue parfaitement ficelée et non dépourvue d’humour, en témoigne cette séquence où Grace, la fillette, tente de remonter dans la chambre sans se faire remarquer par la nièce du propriétaire des lieux. Il y a également quelques moments d’émotions en particulier via la relation qui se tisse entre Grace et Monsieur Garrett, avant que les choses prennent une toute autre tournure, jusqu’au vingt dernière minutes, vénéneuses à souhait. Logiquement récompensée au festival de Neufchâtel, cette histoire d’emprise et de domination, véritable métaphore de nos sociétés capitalistes occidentales, est une excellente surprise, à découvrir sans hésiter.
Erwan BARGAIN

