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A DESERT
Seuls au monde
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USA. 2024. Réal.: Joshua Erckman. Scén : Joshua Erckman et Bossi Baker. Prod.: Hugues Barbier, Joshua Erckman, Justin Timms et Joe Yanick. Photo : Jay Keitel. Mus.: Ty Segall. Mont : Star Rosencrans. 1h43. Avec : David Yow, Kai Lennox, Sarah Lind, Zachary Ray Sherman. (Shadowz).
Un photographe va commencer à vivre un véritable enfer le jour où il fait la connaissance, dans un motel perdu au milieu du désert, d’un homme et d’une femme mentalement instables…
Premier long-métrage de Joshua Erckman, plutôt réputé jusque-là comme réalisateur de clips, A Desert est une pure réussite. Dès les trois premières minutes, avec la découverte, par le photographe, d’une salle de cinéma abandonnée, le réalisateur nous plonge dans l’ambiance et parvient à créer une certaine tension. Le premier quart d’heure est ainsi quasi muet et, avec les paysages désertiques et les lieux que visite le photographe, participe à l’atmosphère d’étrangeté qui se dégage du film. Erckman prend le temps d’installer la situation et, usant de plans fixes, de mouvements de caméra fluides, d’un sens du cadre et d’une manière très pertinente de filmer la Nature, engendre un sentiment d’écrasement et d’isolement du héros. Quant à la rencontre avec le fameux couple, elle rend mal à l’aise, le spectateur comprenant aussitôt que Susie Q et son prétendu frère, Renny, sont dérangés et que leurs intentions ne sont pas saines, loin de là. Le cinéaste témoigne d’un indéniable talent de mise en scène et nous offre des séquences parfaitement maîtrisées, à l’image de celle où les trois principaux protagonistes se retrouvent à boire de l’alcool frelaté dans la chambre d’Alex ou encore celle où Renny montre son vrai visage de psychopathe. Le réalisateur parvient à faire monter la tension au fur et à mesure, avec un sens certain du timing. D’autant que le récit, à partir de trois quart d’heure, bascule totalement et emprunte des chemins insoupçonnés. Car l’histoire exploite différents genres avec un incontestable brio. Le script brouille les pistes et oscille constamment entre horreur, fantastique et polar. À cela s’ajoute une interprétation de grande qualité rendant crédible ce récit aussi inattendu que passionnant, qui évoque par moments les films des frères Coen tout en conservant sa propre personnalité. Voilà donc, au final, une œuvre singulière hautement recommandée.
ERWAN BARGAIN




