The Soul of a Monster (1944)

A priori très peu vu (il est quasi oublié), « The Soul of a Monster », inédit en France (à ma connaissance), et proposé par le studio Columbia, se veut dans l’esprit et dans la forme (malgré son affiche outrancièrement agressive) un métrage dans la lignée des productions de Val Lewton pour la RKO. Sauf que les films de la RKO possédaient un scénario intéressant, original et en tout cas convaincant car efficace. Une réalisation toujours soignée, des interprètes crédibles et une photo « expressionniste » justifiée par l’histoire et son climat. C’était du premier degré mais non dépourvu d’ambiguïté (et parfois d’humour). On s’y laissait prendre avec plaisir, sans que notre esprit critique ne soit jamais sollicité (on adhérait immédiatement au récit).
Tel n’est pas le cas ici. On a en effet du mal à accepter l’histoire, à s’intéresser aux personnages et au déroulement des péripéties. En fait, l’exemple de ce qu’il ne faut pas faire quand on a une certaine ambition et qu’on veut proposer un film d’horreur « sophistiqué » et non un simple monster movie pour drive-in (qui se multiplieront dans la décade suivante et au-delà).
L’histoire : Alors que le célèbre chirurgien George Winson est sur son lit de mort, sa femme Ann fait appel à des pouvoirs inconnus pour le sauver. Une étrange femme (Lilyan) surgit de nulle part et prend le contrôle. George se rétablit, mais il est mystérieusement dominé par Lilyan et quitte sa femme. Lorsque la femme maléfique le pousse à laisser mourir son meilleur ami (Roger), Wilson comprend que Lilyan veut son âme en échange de la chance de continuer à vivre…
Le scénario, puisqu’on en parle, est signé Edward Dein. Il était aussi réalisateur, apparemment plus doué derrière la caméra qu’à l’écriture. On lui doit ainsi en 1959 le réussi western horrifique « Dans les griffes du vampire » (qu’il a coécrit), et l’année suivante l’acceptable « La femme sangsue », avec Coleen Gray dans le rôle-titre, un film qu’aurait pu alors signer Roger Corman. Quelques années auparavant, il avait écrit « Calling Dr. Death » de Reginald Le Borg, avec Lon Chaney Jr. et J. Carrol Naish. Puisqu’on évoquait Val Lewton, Edward Dein avait écrit des dialogues de l’envoutant « Homme léopard » de Jacques Tourneur (en 1943). Est-ce cette influence indirecte que l’on retrouve dans « The Soul of A Monster », avec ce jeu du clair-obscur ?(il y a aussi une longue scène de poursuite typique de celles des productions-clés de Val Lewton et notamment du film prédité). Le casting du film n’est pas son point fort, mais on y retrouve dans l’un de ses premiers films George Macredady (qui s’illustrera dans « Les sentiers de la gloire », en 1957), spécialisé par la suite dans les rôles de méchant, et par ailleurs grand ami de Vincent Price (il était expert en art – adorait Matisse, Renoir et Van Gogh – et avait ouvert une galerie avec ce dernier à Los Angeles). Ici, il interprète le Dr. Winson (un médecin pieux connu pour son humanisme), qui se meurt au début du film et est ressuscité par la mystérieuse Lilian, campée par Rose Hobart, vue une quinzaine d’années auparavant dans « Liliom » (1930, pour lequel elle fut récompensée) et «Dr. Jekyl et Mr Hyde » (1931). L’année suivant « The Soul of a Monster », elle figura aux côtés d’Humphrey Bogart dans un thriller dont le titre aurait pu tour à fait convenir au présent film : « La mort n’était pas au rendez-vous ». Son personnage énigmatique et maléfique (et sa coiffure aux cheveux relevés), sorte de « Maitresse des Âmes », sévère et intimidante, n’est pas sans évoquer les femmes-chat de Val Lewton (Simone Simon ou Elizabeth Russell). En tout cas, elle est nettement plus intéressante que ceux qui l’entourent ici, en tant que messagère du diable. En fait, c’est sa performance qui rend le film plaisant à voir (par moments seulement). « The Soul of A Monster » délivre un « message » : garder la foi et affronter la mort avec dignité et résignation (n’oublions pas que le film a été tourné en temps de guerre..).Ce message moralisateur sur le Bien et le Mal ôte au film l’aspect simplement divertissant qu’il aurait pu avoir et le rend simplement pompeux. A noter une fin inattendue (voire presque incompréhensible)(le prologue et l’épilogue sont du reste inutiles), laquelle n’est cependant pas le plus mauvais élément d’une œuvre qui, en d’autres mains (et avec un meilleur scénario) aurait pu constituer un spectacle distrayant. Drame d’horreur bien intentionné (dans la lignée de « La 7e victime » tourné l’année précédente par Mark Robson), tentant d’explorer les méandres de l’esprit humain, le film en contient les prémisses. Il est à voir pour cette seule raison, ne faisant que souligner (s’il en était besoin…) les mérites des productions, elles réussies, de Val Lewton.

