





STOPMOTION
Les affres de la création
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Royaume-Uni. 2023. Réal.: Robert Morgan. Scén.: Robert Morgan et Robin King. Prod.: Alain de la Mata et Christopher Granier-Deferre. Photo : Léo Hinstin. Mus.: Lola de la Mata. Mont.: Aurora Vögeli. 1h33. Avec : Aisling Franciosi, Stella Gonet, Tom York, Bridgitta Roy. (Shadowz).
Ella travaille dans le domaine de l’animation image par image et tente d’achever le dernier film de sa mère, une sommité dans le domaine mais dont l’état de santé ne lui permet plus de travailler seule. Un funeste évènement va pousser la jeune femme vers une autre forme d’art…
Inutile de cacher que Stopmotion est un film d’horreur pour le moins original en ces temps. Et pour cause, faire peur avec de l’image par image n’est pas si courant de nos jours. Le récit nous plonge dès les premières secondes dans cet art si particulier qu’est l’animation en stop motion mais également dans la relation conflictuelle qu’entretiennent Ella et sa mère. La réalisation est sobre mais, alternant plan fixe et mouvement de caméra fluide, s’avère d’une efficacité incontestable, réussissant à être au plus près des personnages. Le début de l’histoire fait ressentir ce sens du sacrifice que déploie l’héroïne vis à vis de sa génitrice qui, qui exerce, sur elle, une emprise suffocante. Tout cela permet d’éprouver de la compassion pour la jeune femme qui va peu à peu s’enfoncer dans la folie au fur et à mesure que son projet prend vie. Car il s’agit bien ici de personnages de cire (voire de viande) qui vont peu à peu s’émanciper de leur créatrice et se construire une existence autonome. Du moins en apparence. En cela, les séquences en stop motion sont particulièrement belles et convaincantes et renouent avec une certaine idée du cinéma qui fait plaisir à voir et confère toute sa personnalité au film. D’autant que les personnages que créé l’héroïne sous les conseils de sa jeune voisine sont assez effrayants et qu’une atmosphère résolument morbide s’installe au fil du récit. Un récit qui aborde les thèmes du processus créatif mais aussi de l’emprise maternelle et qui, dans sa dernière partie, n’hésite pas à verser dans l’horreur corporelle au gré de séquences douloureuses à souhait (cf. quand l’héroïne ouvre sa cicatrice), rendant ainsi le propos du cinéaste encore plus percutant. Alors certes, Stopmotion n’est pas dénué de quelques longueurs, mais le métrage possède une telle personnalité qu’il tire sans mal son épingle du jeu.
ERWAN BARGAIN

