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CHAINSAWS WERE SINGING
Le chant de la tronçonneuse
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Estonie. 2024. Réal.: Sander Maran. Scén.: Sander Maran et Karl Ilves. Prod.: Sander Maran, Peeter Maran, Kaur Maran, Karl Ilves et Jan Andresson. Photo : Sander Maran. Mus.: Sander Maran. Mont.: Sander Maran. 1h57. Avec : Karl Ilves, Laura Niils, Martin Ruus, Janno Puusepp, Peeter Maran. (Shadowz).
Au bord du gouffre, Maria et Tom tombent amoureux au premier regard. Malheureusement, Killer, un maniaque armé d’une tronçonneuse, kidnappe la jeune femme. Tom se lance alors à sa recherche…
Les productions horrifiques estoniennes ne sont pas légion. Raison de plus pour se pencher sur Chainsaws Were Singing, premier long-métrage de Sander Maran dont la conception s’est étalée sur plus d’une décennie. Une décennie qui a permis au réalisateur de peaufiner ce délire cinématographique érigeant le mauvais goût au rang d’art majeur. Le générique, avec les noms de tous les acteurs et actrices qui s’affichent en plein écran au rythme d’une musique enjouée donne le ton de cette comédie d’horreur musicale. Et, dès les premières images granuleuses et aux couleurs vives rappelant le technicolor, l’impression se confirme : nous sommes face à une œuvre résolument azimutée qui ne se prend pas au sérieux mais qui souhaite, cependant et à sa manière, rendre hommage à tout un pan du cinéma d’exploitation. Le réalisateur ne perd ainsi pas de temps pour verser dans le gore et le sang, rouge écarlate, gicle dès les premières secondes de projection. Ce qui, avouons-le, pour les amateurs de grand-guignol s’avère assez réjouissant. Le récit, alternant entre présent et flashbacks, est ponctué de parties chantées hilarantes dont l’une d’entre elles donne même lieu à un solo de…tronçonneuse. Le script nous offre une galerie de personnages tous plus crétins les uns que les autres à l’image des deux policiers, amateurs de donuts et bêtes à manger du foin, du hippie vegan jouant de la guitare au milieu de nulle part ou encore des membres de cette tribu vivant au fond des bois. Le tout est porté par le jeu volontairement exagéré et décalé des comédiens et par des mises à mort toutes plus trash les unes que les autres, certaines étant même assez surprenantes (cf. le coup du pot d’échappement). De plus, le réalisateur fait des choix esthétiques parfois incongrus (en témoignent les passages tournés en noir et blanc) qui accentuent le sentiment de grand n’importe-quoi se dégageant de l’ensemble et contribuant à faire de Chainsaws were Singing, une bande désopilante qui, à mi-chemin entre Pearl, de Lucky McKee, et Cannibal ! The Musical, de Trey Parker et Matt Stone, a le mérite de tracer sa propre voie et de s’adresser aux seuls adeptes d’objets filmiques outranciers.
ERWAN BARGAIN

