CHUCK RUSSELL (1952-2026)

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CHUCK RUSSELL (1952-2026)

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CHUCK RUSSELL (1952-2026)

Un cinéaste fondamentalement doué

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Les Griffes du Cauchemar, The Blob, The Mask…Cinéaste rare mais ô combien talentueux, Chuck Russell aura marqué, en une dizaine de titres, le cinéma hollywoodien. Retour sur la carrière d’un artiste très apprécié des fantasticophiles.

 

Né le 9 mai 1952, dans l’Illinois, Charles Raymond Russell, après être sorti diplômé de l’Université, quitte Chicago pour s’installer à Los Angeles et commencer à travailler dans l’industrie cinématographique où il occupera de nombreux postes avant de passer derrière la caméra. Il effectue ainsi ses premiers pas sur un plateau en 1976 comme assistant de production sur Cannonball, un métrage de Paul Bartel interprété par David Carradine (pellicule co-produite par Roger Corman dans laquelle Sylvester Stallone fait une brève apparition) puis comme second assistant réalisateur (sans en être crédité) sur Bobby Jo, de Mark L. Lester. Quelques mois plus tard, il retrouve des postes d’assistant sur le tournage de SuperVan, série B d’action signée Lamar Card et Just Tell Me You Love Me, comédie romantique dirigée par Tony Mordente. Il poursuit ensuite son apprentissage comme producteur et prend part à des films tels The Great American Girl Robbery, de Jeff Werner, Le Corbillard, petite pellicule horrifique de George Bowers, Une nuit Infernale, interprétée par Linda Blair et Mortelle Séduction, un honnête thriller de David Schmoeller.  Ce n’est néanmoins qu’en 1984 que sa carrière prend un véritable tournant. Cette année-là, Russell co-écrit avec Jospeh Ruben et David Loughery, le script de Dreamscape. Ayant pour vedette Dennis Quaid, Max von Sydow et Christopher Plummer, le métrage nous entraîne dans les pas d’Alex, un homme doué de pouvoirs psychiques, qui, d’abord, recruté par un scientifique pour aider des patients hantés par des rêves menaçants, attire l’attention de personnes malintentionnées désireuses d’utiliser ses dons à d’autres fins.

 

Après ce très bon film mêlant SF, Fantastique, horreur (et sur lequel il est producteur associé) et après avoir produit des comédies comme Body Rock, Girls Just Want To Have Fun (inspirée de la célèbre chanson de Cyndi Lauper) et A fond la Fac, Chuck Russell se voit enfin, en 1987, proposer l’occasion de diriger son premier long-métrage. La New Line lui demande, en effet, sous les conseils de Jospeh Ruben, de prendre les commandes du troisième opus de A Nightmare on Elm Street. Le jeune cinéaste accepte sans hésiter et demande à Frank Darabont de le rejoindre dans l’aventure. Les deux hommes, qui se sont rencontrés sur le tournage d’Une nuit Infernale, remanient ensemble un scénario conçu par Wes Craven et Bruce Wagner afin d’aboutir à une histoire pleine de surprises, et ce, après un deuxième épisode accueilli fraichement par la critique. Le récit relate ainsi les mésaventures d’adolescents qui, accueillis dans un hôpital psychiatrique en raison de troubles du sommeil, sont victimes des assauts du vilain croquemitaine. Si, sur le papier, l’idée n’a pas grand-chose d’original, à l’écran, le résultat est stupéfiant, Les Griffes du Cauchemar s’imposant comme l’un des chapitres les plus réjouissants de la franchise et permet à Chuck Russell de laisser libre cours à son imagination débordante. Les meurtres commis par Freddy Krueger sont, de la sorte, tous plus inventifs les uns que les autres (cf. : les morts de Philip, transformé en marionnettes humaine, et de Jennifer, encastrée dans un poste de télévision) et, servi par des effets spéciaux remarquables, imprime la rétine des spectateurs. Tout comme l’humour noir et désopilant dont est empreint le film et qui illustre la personnalité du réalisateur.

 

C’est ainsi sur le tournage de ce film que Russell fait part à Darabont de son souhait d’offrir une relecture de Danger Planétaire, le film réalisé en 1958 par Irvin S. Yeaworth Jr., dont Chuck Russell a obtenu les droits auprès de Jack H. Harris, le producteur du métrage original (et qui occupe les mêmes fonctions sur ce remake). C’est ainsi que quelques mois plus tard, ils soumettent un scénario à la New Line qui, frileuse, décline la proposition qui est alors reprise par Tri-Star Pictures.  Doté d’un budget de 10 millions de dollars, le métrage se tourne au cours de l’hivers 1988 à Abbeville en Louisiane avec dans les premiers rôles Kevin Dillon, vu dans Platoon d’Oliver Stone et Shawnee Smith, aperçue dans Aigle de Fer, de Sidney J. Furie. Le Blob sort en août 1988 sur les écrans américains et s’avère être un échec au box-office où il n’amasse qu’un peu plus de 8 millions de dollars. Un échec totalement injuste tant le film de Chuck Russell se révèle être supérieure à la version de 1958. Et pour cause : s’appuyant sur des effets spéciaux remarquables, le cinéaste nous offre un sommet du cinéma fantastique des années 80 qui marie avec brio horreur et comédie. L’histoire relate les mésaventures vécues par les habitants d’une petite ville qui, suite au crash d’une météorite, se retrouve confrontés à un monstre étrange et gélatineux qui engloutit toute forme de vie.  Mettant en scène une galerie de personnages volontairement stéréotypés (le rebelle vêtu d’un perfecto, le sportif à l’allure de gendre idéal, la jolie pom-pom girl, le flic un peu bas de plafond, les militaires sans pitié ni scrupule…), le récit est réjouissant au possible et, tout en faisant preuve d’un humour savoureux, ne lésine pas sur le gore et les corps difformes qui se désagrègent. En résulte une œuvre intemporelle, véritable hommage aux séries B des 50’s et qui s’est logiquement imposée, avec le temps, comme un métrage culte du 7e art.

 

Derrière le masque, le succès

 

L’échec au box-office de The Blob va marquer un petit coup d’arrêt dans la carrière de Chuck Russell qui devra ainsi attendre 1994 pour signer son troisième long-métrage, à savoir The Mask, adaptation du comics éponyme édité par Dark Horse. «New Line m’a appelé pour savoir si cela m’intéressait d’adapter le concept du comic en film. J’aimais beaucoup cette perspective : les masques sont des objets très mystérieux, le fait de mettre un masque vous change complètement. Tout ce que vous maintenez caché au fond de vous-même refait surface soudainement. Tout cela me semblait fascinant mais la bande dessinée originale me paraissait très violente, et je voulais faire quelque chose de plus comique», explique le réalisateur qui parvient à convaincre les dirigeants de la New Line d’orienter le projet vers la comédie. Ce dont se charge le scénariste Mike Werb. Russell a une idée très précise du film qu’il souhaite mettre en scène comme en témoigne son choix de confier à Jim Carrey, qu’il a découvert dans des spectacles, le premier rôle à savoir celui d’Ipkniss. Ce dernier, employé de banque sans histoire et fan de Tex Avery, découvre, un soir, un mystérieux masque, doté de pouvoir extraordinaires accentuant la personnalité de celui qui le revêt.  S’ensuit des aventures aussi loufoques qu’hilarantes qui, servies par des effets spéciaux remarquables (pour l’époque), aboutisse à un spectacle encore jamais vu sur un écran. Truffée de scène d’anthologie et porté par une énergie à couper le souffle, The Mask s’impose comme un cartoon live exaltant qui ne laisse aucune minute de répit au public. Un public qui, d’ailleurs ne s’y trompe pas et réserve un accueil triomphal au métrage dans les salles (plus de 350 millions de dollars récoltés à travers le monde). «J’ai pu faire un film qui me tenait à cœur.  Et sa vision rend les gens heureux., rien à voir avec les films dits «importants» qui veulent à tout prix révéler quelque chose de nouveau sur la nature humaine. Ici, il est question de rêve, d’action et d’amour, auxquels je crois profondément. Si je peux faire rire les gens, j’ai accompli quelque chose de spécial», analyse Chuck Russell qui, deux ans plus tard, change registre en tourne L’Effaceur, ayant pour vedette Arnold Schwarzenneger. Pur film d’action doté d’un budget de 100 millions de dollars, L’Effaceur, dont le scénario a été écrit par Tony Puryear et Walon Green (avec la contribution de Frank Darabont qui y a apporté de nombreuses modifications sans être crédité au générique), relate les péripéties de John Kruger, un marshal travaillant à la protection des témoins, chargé de protéger une jeune femme ayant découvert un trafic d’armes illégal. Avant de collaborer sur L’Effaceur, le cinéaste et l’acteur de Terminator travaillait sur un autre projet qui n’a jamais vu le jour. Et c’est ainsi qu’ils se sont retrouvés à œuvrer sur cette superproduction. «J’ai dit à Arnold que j’étais un fan des films d’action et que je voulais faire quelque chose de nouveau dans le genre, tout en m’inscrivant cependant dans une certaine tradition, à l’opposé de The Mask», affirme alors le réalisateur qui signe ici un spectacle frénétique, mené pied au plancher, et qui, lors de sa distribution, rencontrera un succès mitigé.

 

Une carrière en dents de scie

 

En 2000, après plusieurs mois de vaches maigres, le cinéaste renoue avec le cinéma horrifique avec le thriller surnaturel et horrifique, L’Elue, qu’interprète Kim Basinger et Rufus Sewell. L’histoire, adaptée d’un roman de Cathy Cash Spellman, nous narre le cauchemar vécu par Cody, une fillette élevée par sa tante, Maggie, et qui est la cible d’une secte satanique, nommée L’Aube Nouvelle, cherchant à la sacrifier car persuadée qu’il s’agit d’une enfant touchée par la grâce divine. «Le genre horreur ésotérique et psychologique à grand spectacle m’a toujours fasciné», avoue Chuck Russell lors du tournage, «des films comme L’Exorciste ou Rosemary’s Baby m’ont marqué à jamais. Lorsque Mace Neufeld (Ndr. Producteur entre autres, de La Malédiction) m’a envoyé le script, je l’ai dévoré. A l’aube du XXIe siècle, je savais que de nombreux métrages empruntaient la même voie, mais ce projet avait des atouts particuliers. Il n’était pas question de super-héros combattant des super méchants. Il s’agissait d’une femme ordinaire confrontée à des évènements extraordinaires à un moment de son existence spirituellement important. La perspective de voir le commun des mortels affronter les foudres des forces obscures pour l’amour d’une enfant m’a séduit». Œuvre efficace à défaut d’être transcendante et inoubliable, L’Elue ne suscitera ni l’enthousiasme des critiques ni celui du public et sera un cuisant échec au box-office, ne rapportant qu’un peu plus de 40 millions de dollars pour un budget de 65 millions.

 

Ce qui, une fois encore, va freiner la carrière de Russell qui doit patienter plusieurs mois avant de se voir confier un nouveau projet, en l’occurrence Le Roi Scorpion, une production à mi-chemin entre le spin-off et la préquelle du Retour de la Momie. Ayant pour tête d’affiche Dwayne Johnson, alors au début de sa carrière d’acteur, ce film d’aventures à grand spectacle au budget de 60 millions de dollars, permet au cinéaste de démontrer, une fois encore, son amour pour le cinéma d’action et le Fantastique et de livrer un divertissement efficace à défaut d’être totalement renversant. Peu de temps après, il est contacté pour prendre les commandes de Collatéral, film sur lequel il travaille plusieurs mois, avec Franck Darabont via leur société Edge City, avant que le projet ne soit racheté par DreamWorks et repris en main par Michael Mann, Russell et Darabont n’occupant plus que les fonctions de producteurs exécutifs. Dès lors, le réalisateur va connaître une longue traversée du désert et se contentera en 2010, de réaliser un épisode de la troisième saison de «Fringe» en 2010, avant de revenir véritablement aux affaires en 2016 en signant The Revenge, interprété par John Travolta et Rebecca de Mornay. Colombus, dans l’Ohio, connait une importante vague de crime liée à la guerre des gangs. C’est dans ce contexte que la femme de Stanley est assassinée. Mais les suspects ayant été remis en liberté par la police, il décide de faire équipe avec un ami, un ancien des forces spéciales, pour se faire justice lui-même. Porté par une réalisation solide et efficace, The Revenge pêche par son manque d’originalité, à tel point qu’il sortira directement en vidéo dans la plupart des pays. Reste que ce vigilante movie confirme le goût du réalisateur pour le cinéma d’action qui, en 2017, se retrouve à prendre les commandes de Junglee, un film Indien, tourné en Hindi et ayant pour vedette Vidyut Jammwal, une star locale adepte des arts martiaux. Tourné principalement en Thaïlande, le film est distribué en VOD un peu partout dans le monde en 2019.

 

Deux ans plus tard, Chuck Russell persiste et signe dans l’action avec Paradise City, qu’il coécrit avec Corey Large et Edward Drake et qui lui permet de retrouver John Travolta. Ce dernier est ici associé à Bruce Willis (avec qui il était déjà à l’affiche de Pulp Fiction) et joue un salopard de la pire espèce. Là encore, le film est bien réalisé mais, en dépit de son casting alléchant, sort directement en vidéo, en 2022, illustrant la difficulté de Chuck Russell à renouer avec le succès. Ce qui se confirme en 2024 avec la sortie de Witchboard, remake de la série B éponyme réalisée en 1986 par Kevin Tenney et grâce auquel Chuck Russell (qui travaille sur le projet depuis près de cinq ans en tant que scénariste et producteur) se frotte à nouveau au cinéma Fantastique. Le récit relate les déboires d’un couple qui, sur le point d’ouvrir un restaurant à la Nouvelle-Orléans, réveille, via une planche ouija, l’esprit malfaisant d’une sorcière française ayant été bannie de son village, en Lorraine, au XVIIe siècle. Si là encore la mise en scène en scène est d’une redoutable efficacité, Witchboard, qui s’inscrit dans une tradition de films d’horreur à l’ancienne et qui s’impose comme une sympathique série B, connaitra une distribution injustement aléatoire. Ce métrage sera quoiqu’il en soit le dernier réalisé par l’auteur de The Mask qui, avant de disparaître le 22 juillet dernier, à San Diego, travaillait sur de nouveaux projets, dont un œuvre de SF ayant pour toile de fond l’Intelligence Artificielle. Il laisse derrière lui le souvenir d’un cinéaste attachant et au talent indéniable dont certains films sont devenus cultes pour de nombreux fantasticophiles.

 

ERWAN BARGAIN

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