L’ODYSSÉE : NOTRE CRITIQUE



Réal. et scén.: Christopher Nolan basé sur «L’Odyssée» d’Homère.
SORTIE : 15 juillet 2026
Homère et son dytique («L’Iliade» suivi de «L’Odyssée») ne cessent de fasciner les cinéastes depuis 1905 et la sortie de L’Île de Calypso, un court-métrage signé Georges Méliès, sans omettre ses deux adaptations les plus connues, Ulysse (1954, avec Kirk Douglas) ainsi que la série «Ulysse 31» (1981). Qu’un réalisateur aussi cérébral (voire froid, diront certains) que Christopher Nolan s’y frotte pouvait de prime abord laisser planer des doutes sur l’entreprise. Après tout, l’Antiquité telle que dépeinte par la littérature n’est-elle pas un réceptacle de passions, de fureurs, de chocs entre les Dieux et les vivants ? Dès les premières images et cette vision saisissante du cheval de bois gisant sur une plage déserte, Nolan embrasse pourtant ce propos avec une ampleur sidérante, nous offrant un film à hauteur d’hommes, de guerriers foulant, durant 172 minutes, les cendres d’un monde qu’ils ont contribué à faire disparaître. Point donc de péplum en toges ici, d’aventuriers échappant joyeusement à moult dangers. Certes, les scènes d’action sont légion et de nombreux passages sont voués à entrer dans les annales (Agamemnon figé devant les portes de Troie qui enfin s’ouvrent).
Mais au fur et à mesure que l’intrigue se déroule, l’amertume de la tragédie découle de l’écran jusqu’à toucher en plein cœur. Jamais Christopher Nolan, hormis peut-être avec Interstellar, n’avait accédé à un tel résultat, sans doute alors trop focalisé sur ses scénarios à tiroirs. Dans Oppenheimer, il était parvenu à faire corps avec les états d’âme de son héros sans renier son goût pour les chronologies éclatées. Dans L’Odyssée, il atteint vraisemblablement le sommet de son art. D’un côté, Ulysse (formidable Matt Damon) se remémore aux côtés de Calypso ses 10 années de guerre de même que ses luttes, de Charybde à Scylla en passant par le cyclope ou encore les Enfers, de l’autre, Pénélope et Télémaque (Tom Holland dans son meilleur rôle), acculés par les prétendants au trône (dont Robert Pattinson, délicieusement ignoble), quêtent les indices sur son destin avant que ces histoires entremêlées ne s’unissent en une seule, à la suffocante puissance. Passons sur les scandales de tabloïds (Hélène est noire, mais la Méditerranée ne fut-elle jamais qu’un croisement de peuples ?) pour nous concentrer sur ce qui compte : outre son script, sa photographie et son casting, le long-métrage dégage une rare sensation organique. En cause, un tournage sur pellicule (la largeur de champ de l’Imax 70 mm exigeait que les comédiens se fassent face via un système de miroirs afin que la ligne de leurs regards corresponde), une musique jouée avec des instruments anciens, et le moins de numérique possible. La scène horrifique dans la hutte de la sorcière Circé ? Des effets de plateau. Le combat contre les géants ? Des cascadeurs de petite taille puis de la perspective forcée. Les planches des bateaux qui craquent sur les vagues ? D’authentiques navires construits pour l’occasion. En somme, L’Odyssée agrège passions de la mise en scène, de la mythologie et de la psychologie en un ensemble immanquable qui fait d’ores et déjà date.
Matthieu REHDE

