VOD



Une séquelle rageuse et brutale
***
(El Hoyo 2). Espagne. 2024. Réal.: Galder Gaztelu-Urrutia. Scén.: David Desola, Galder Gaztelu-Urrutia, Egoitz Moreno et Pedro Rivero. Prod.: Galder Gaztelu-Urrutia, Carlos Juárez et Raquel Perea. Photo: Jon Sangroniz. Mus.: Aitor Etxebarria. 1h41. Avec : Milena Smit, Hovik Keuchkerian, Natalia Tena, Óscar Jaenada, Ivan Massagué. (Netflix).
Au sein de la Fosse, une structure cruelle où une plateforme de nourriture descend étage par étage pour nourrir les résidents, un nouveau leader tente d’instaurer des lois solidaires afin que tous les individus puissent manger à leur faim. Mais les règles édictées par cet homme mystérieux sont totalitaires, ce qui n’est pas du goût de Perempuan et Ziamatin qui vont d’abord s’opposer aux dogmes instaurés avant de s’y conformer sous la contrainte…
En 2020, sortait, sur Netflix et en plein confinement, La Plateforme, une production espagnole sortie de nulle part et qui rencontra un énorme succès à travers le monde. Un succès qui a donné naissance, à la surprise générale (le premier volet se suffisait à lui-même), à une suite qui, diffusée depuis peu, cartonne littéralement en Europe. Toujours réalisé par Galder Gaztelu-Urrutia, ce nouvel opus fonctionne sur le même principe que son prédécesseur, mais n’hésite pas à aller beaucoup plus loin en matière de critique sociale (le consumérisme et la Nature Humaine en prennent ici pour leur grade) et de violence. Partant du postulat que les spectateurs connaissent le contexte, le cinéaste ne se perd pas en tergiversations et va droit au but. Le film s’ouvre ainsi sur des images d’enfants jouant autour d’une pyramide au sein de la tour en béton, avant que différents protagonistes, interrogés par un responsable de la prison, choisissent chacun le plat qui leur sera servi tous les jours. On comprend alors rapidement qu’une règle a été instaurée entre les captifs, à savoir qu’ils ne doivent déguster que le plat qu’ils ont désigné et ce, afin que tout le monde puisse manger à sa faim. Cette solidarité instaurée et obligatoire va évidemment être mise à mal par le comportement de certains individus rebelles, peu enclin à se laisser gouverner par ce socialisme totalitaire évoquant bon nombre de régimes tyranniques. Galder Gaztelu-Urrutia se penche ainsi sur le destin d’une héroïne qui non seulement va lutter pour sa survie mais également contre ce système mis en place par un homme nommé le «Maestro». Ici, les victimes tombent comme des mouches, ce qui nous vaut quelques morts particulièrement crues et brutale, à l’image de cette femme, nue, qui est ligotée à la plateforme pour avoir enfreint la loi et qui est offerte aux pulsions des détenus. Avec un regard froid et sans concession, le réalisateur nous gratifie de séquences particulièrement dures où les mutilations et les sévices en tout genre sont clairement exposés. Décapitations, éventrations, arrachages de membres…Cette séquelle est nettement plus gore que le premier opus et, ne manquant pas de rebondissements, tient en haleine du début à la fin. Alors certes, l’effet de surprise ne joue plus, mais le propos politique que développe le cinéaste et la radicalité dont il fait preuve sont tellement forts que le film mérite vraiment le détour, confirmant au passage le talent de son auteur.
ERWAN BARGAIN

